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Pour comprendre les attitudes à l’égard de la science, le monde médical doit se tourner vers la sociologie des sciences

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Résumé

Pendant l’épidémie de COVID-19, les attitudes du public à l’égard de la science et des recommandations des experts ont été un sujet de préoccupation majeur dans le milieu de la santé publique. Pour le monde médical, il est essentiel de comprendre pourquoi tant de personnes ne suivent pas les recommandations des experts et ont des convictions qui vont à l’encontre du consensus scientifique. Mais les chercheurs en santé publique, les experts et les décideurs se tournent trop souvent vers un type d’explication fondé sur l’idée que le public n’adhère plus à l’autorité culturelle de la science, qu’il rejette de plus en plus la méthode scientifique et les scientifiques en tant que sources d’information. Pourtant, les limites de cette forme d’explication ont été clairement exposées depuis des années par des travaux en sociologie des sciences. Dans cet article, nous souhaitons illustrer ces limites à partir de deux exemples largement commentés pendant l’épidémie de COVID-19 : la question de l’efficacité de l’hydroxychloroquine contre la COVID-19 et la vaccination des enfants contre le COVID-19. D’une part, il est important de continuer à tirer les bonnes leçons des premières années de l’épidémie de COVID-19 et, d’autre part, ces cas permettent de réfléchir au défi à venir. En effet, une mauvaise compréhension de ce qui motive les attitudes et les comportements du public peut affecter l’efficacité et la qualité éthique des politiques de santé publique.

Summary

During the COVID-19 epidemic, public attitudes towards science and expert recommendations were a major concern in the public health community. For the medical world, it is essential to understand why so many people do not follow expert recommendations and hold beliefs that run counter to the scientific consensus. But public health researchers, experts and decision-makers too often turn to a type of explanation based on the idea that the public no longer adheres to the cultural authority of science, that it increasingly rejects the scientific method and scientists as sources of information. Yet, the limits of this form of explanation have been clearly exposed for decades by work in the sociology of science. In this article, we wish to illustrate these limits using two examples widely commented on during the COVID-19 epidemic: the question of the efficacy of hydroxychloroquine against COVID-19 and the vaccination of children against COVID-19. On the one hand, it is important to continue to draw the right lessons from the early years of the COVID-19 epidemic, and on the other, these cases provide food for thought about the challenges ahead. Indeed, a poor understanding of what motivates public attitudes and behaviour can affect the effectiveness and ethical quality of public health policies.

Introduction

Pendant l’épidémie de COVID-19, les attitudes du public à l’égard de la science et des recommandations des experts ont été un sujet de préoccupation majeur dans le milieu de la santé publique. Pour le monde médical, il est essentiel de comprendre pourquoi tant de personnes ne suivent pas les recommandations des experts et ont des convictions qui vont à l’encontre du consensus scientifique. Mais les chercheurs en santé publique, les experts et les décideurs se tournent trop souvent vers un type d’explication que nous appellerons le cadre du « public qui rejette la science » et qui est inadéquat. Ce cadre analytique est fondé sur l’idée que le public n’adhère plus à l’autorité culturelle de la science. Il rejette de plus en plus la méthode scientifique et les scientifiques en tant que sources d’information. La persistance du recours à ce cadre de compréhension devrait nous surprendre. Ses importantes limites ont été clairement exposées depuis des années par des travaux en sociologie des sciences et les études sociales des sciences plus génréalement. Dans cet article, nous souhaitons illustrer ces limites à partir de deux exemples largement commentés pendant l’épidémie de COVID-19 : la question de l’efficacité de l’hydroxychloroquine contre la COVID-19 et la vaccination des enfants contre le COVID-19. D’une part, il est important de continuer à tirer les bonnes leçons des premières années de l’épidémie de COVID-19 et, d’autre part, ces cas permettent de réfléchir au défi à venir. En effet, une mauvaise compréhension de ce qui motive les attitudes et les comportements du public peut affecter l’efficacité et la qualité éthique des politiques de santé publique. Il est donc crucial que le monde médical prenne en compte les résultats des sciences sociales lorsqu’il s’agit d’expliquer les attitudes et comportements du public.

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La recherche sur les rapports ordinaires à la science a laissé derrière elle l’idée que le public rejette la science

L’épidémie de COVID-19 a été un moment exceptionnel de confrontation entre science et citoyens. Elle est aussi l’occasion de faire un bilan sur les travaux autour des rapports ordinaires à la science.
Depuis l’apparition du SARS-COV-2, des ressources considérables ont été consacrées à la recherche scientifique, ce qui a permis une évolution rapide et spectaculaire des connaissances sur le virus. Par exemple, la communauté scientifique a été en mesure de comprendre comment celui-ci se déplace

Comprendre les attitudes à l’égard de l’hydroxychloroquine et de la vaccination des enfants contre la COVID-19

Pour montrer les limites du cadre du « public qui rejette la science », nous nous concentrons sur deux sujets qui ont occupé le débat public pendant l’épidémie de COVID-19 et sur lesquels nous avons enquêtés (suivi du débat public et enquêtes par questionnaires) : la croyance que l’hydroxychloroquine est un traitement efficace contre la COVID-19 et la question de savoir si la vaccination contre la COVID-19 devait être recommandée pour les enfants de moins de 11 ans.
Ces dernières années,

Conclusion

La tendance des experts médicaux à présenter l’hésitation vaccinale et la croyance en l’efficacité de l’hydroxychloroquine contre la COVID-19 comme des attaques contre l’autorité culturelle de la science est compréhensible. Au cours de la dernière décennie, les tentatives de politiciens, d’industriels, d’activistes, de think tanks et d’autres acteurs d’occulter les résultats issus de la recherche au profit d’intérêts particuliers semblent s’être intensifiés dans de nombreux pays. Dans un

Financement

Cette étude est issue d’un projet labellisé Priorité nationale de recherche par le Comité ad-hoc de pilotage national des essais thérapeutiques et autres recherches sur le COVID-19 (CAPNET, projet 0344). Les auteurs remercient l’ANRS | Maladies infectieuses émergentes pour son soutien scientifique, le ministère de la Santé et de la Prévention et le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation pour leur financement et leur soutien. Cette étude a aussi reçu le soutien

Déclaration de liens d’intérêts

JKW est membre de la Commission technique des vaccinations à la Haute Autorité de la santé depuis 2020.

Références (40)

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