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Pour une médecine de la personne à l’ère du numérique

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Introduction

La médecine est actuellement sujette à un double bouleversement : d’une part, l’apparition d’une « e-médecine » qui annonce à la fois l’amplification de la surveillance des patients, transformés en « e-patients » aux moyens de divers capteurs, un changement radical de la communication grâce à la télémédecine, enfin, une personnalisation profonde des soins par l’usage de ce qu’il est maintenant convenu d’appeler les « big data ». À côté de cette révolution annoncée par l’avènement du numérique, la médecine est également le siège d’une évolution, sous la forme d’une médecine 3P : Prédictive, Préventive, et Personnalisée.

Nous souhaitons ici montrer que cette évolution de la médecine, qui s’accompagne désormais en fait d’un quatrième « P », la médecine Participative, doit conduire à l’avènement plus global de ce que nous appellerons « médecine de la personne », à bien distinguer de ce que l’on appelle « médecine personnalisée », qui reste profondément centrée par la maladie, alors qu’il s’agit de faire entrer le patient en tant que personne dans le groupe des constructeurs du soin. Ainsi compris, l’avènement d’une médecine de la personne représente en effet une nouvelle attente des patients : ils veulent être reconnus comme des personnes, ce qui représente un fait sociétal général dont le succès des réseaux sociaux représente une des manifestations. Or, les prouesses de la médecine, évoquées plus haut, aussi louables soient-elles, conduisent progressivement à une disparition de la personne, définie ici essentiellement comme un être doué d’une pensée complexe.

La disparition de la personne

Dans Introduction à la pensée complexe, le sociologue Edgar Morin écrit que « la science occidentale s’est fondée sur l’élimination positiviste du sujet à partir de l’idée que les objets existant indépendamment du sujet, pouvaient être observés et expliqués en tant que tels. L’idée d’un univers de faits objectifs, purgés de tous jugements de valeurs, de toutes déformations subjectives, grâce à la méthode expérimentale et aux procédures de vérification, a permis le développement prodigieux de

Quand la personne résiste : la non-observance des traitements

Or, il semble que les progrès médicaux puissent ne pas être aussi efficaces qu’on le souhaiterait, du fait d’une certaine résistance des patients. Nous prendrons deux exemples.

  • Le premier concerne le développement de la mesure en continu de la glycémie qui représente l’aboutissement d’une suite ininterrompue de recherches qui ont suivi la description par Clark de l’électrode à oxygène au début des années 1950 [6]. Il a fallu attendre 2008 pour qu’une étude démontre sans ambiguïté que

Les raisons d’un échec

Cette dernière conclusion représente sans doute une vision pessimiste ; mais ne faut-il pas se demander avec lucidité si elle ne correspond pas à une réalité ? Lorsque nous attendons d’un patient qu’il soit observant, ne supposons-nous pas intuitivement qu’il s’agit pour lui d’avoir un comportement rationnel, se conformant ainsi à la rationalité qui est la nôtre ? Une personne peut être définie comme un être ayant des raisons de faire ou de ne pas faire ce qu’elle fait ou ne fait pas, raisons 

Le retour de la personne dans un monde numérisé

Nous pensons qu’il faut voir dans le développement d’un champ médical nouveau, appelé « éducation thérapeutique du patient » (ETP), la réponse salutaire de la médecine à la disparition de la personne, qui était le risque auquel conduisait sa nécessaire transformation en science. Nous avons proposé de décrire l’ETP comme une conversation entre deux personnes [25], et nous souhaitons insister ici sur une caractéristique de toute conversation, la possibilité d’improvisation : l’ETP peut être vue

Conclusion

Nous pouvons faire le vœu qu’à l’ère du numérique se développe une médecine de la personne, prenant en compte la pensée complexe des patients (et des médecins), associant le numérique comme moyen à une médecine de qualité comme fin ; faire le vœu que celle-ci reste toujours réalisée, quels qu’en soient les supports, dans le cadre d’une conversation entre des personnes, conversation qui garde ses possibilités d’improvisation et qui ne soit pas « câblée ». Sinon, le risque serait d’assister à

Déclaration d’intérêt

L’auteur déclare les liens d’intérêt suivants : avoir été conférencier dans des symposia organisés par Abbott-Diagnostics, Abbvie, Bristol Myers-Squibb (BMS), Bayer Diagnostics, Becton-Dickinson (BD) Médical, Dexcom, GlaxoSmithKline, Ipsen, LifeScan, Lilly, Merck-Serono, Novartis, Novo Nordisk, Pfizer, Roche-Diagnostics, Roche Pharma, Sanofi-aventis, Servier ; être membre de comités scientifiques de Abbott, Bayer Diagnostics, Lifescan, Lilly, Novo Nordisk, Sanofi-aventis.

Références (30)

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